Il y a des jours où les imprévus dessinent de meilleures histoires que les agendas. Celui que nous venons de vivre à Tofino en est un parfait exemple.

Tout a commencé en douceur, presque en suspension. Sur la route vers la côte ouest de l’île de Vancouver, nous avons fait une halte improvisée au bord d’une rivière limpide et serpentine, nichée dans une vallée forestière comme on en voit rarement. L’eau glacée descendait des sommets, et les galets luisaient sous le soleil de juillet. Benjamin, infatigable petit Yakari, lançait des cailloux plats dans le courant en inventant une langue de rivière.

Puis le décor s’est ouvert, brusquement : Pacific Rim National Park Reserve. Là, sur l’immensité des plages battues par les vents, une brume surnaturelle rampait sur le sable. Comme une scène de cinéma au ralenti, les silhouettes de surfeurs découpaient la lumière diffuse. Ils glissaient, chutaient, riaient… sans jamais se presser. Ici, le temps semble avoir un autre tempo.

Le parc, fondé en 1970, est né de la volonté de préserver ce fragile équilibre entre forêt pluviale, océan et biodiversité. Pacific Rim, ce n’est pas qu’un bout de terre sauvage : c’est un territoire ancestral des peuples Nuu-chah-nulth, qui vivaient ici bien avant l’arrivée des Européens. Le sentier Nuu-chah-nulth Trail, que nous avons entraperçu, relie nature et mémoire vivante, entre totems et silence sacré.

Et puis il y a Tofino, cette ville de bout du monde qui ressemble à un havre bohème suspendu entre pins et pacifique. Autrefois un simple port de pêche, Tofino est devenu un repaire d’artistes, de surfeurs, de rêveurs, de chefs inspirés et de familles comme la nôtre, en quête de grand air. Son nom vient du cartographe espagnol Vicente Tofiño de San Miguel, même si l’endroit a toujours porté un nom autochtone plus évocateur : « Taašii », le chemin de l’océan.

Tofino, c’est un village en bord de monde, où les rues sentent le bois humide, le café torréfié et l’iode. On y croise des pick-up couverts d’algues, des vélos fleuris, des planches de surf adossées aux murs, et des enfants pieds nus.

Mais la route nous a joué un tour : crevaison. Et avec elle, notre excursion en mer pour observer les baleines s’est envolée.

Mais parfois, ce qu’on perd d’un côté revient d’un autre. Dans l’après-midi, contre toute attente, nous avons trouvé une place à bord d’un bateau d’observation des ours noirs, qui longent parfois les berges pour retourner les pierres à la recherche de crabes. Le capitaine, un homme au regard bleu acier et aux mains tannée par le sel, nous a accueillis sur un petit bateau motorisé d’une dizaine de places, deux puissants Mercury à l’arrière, et une baie intérieure à explorer.

Température parfaite : 22 degrés, brise légère, ciel lavé de tout nuage. Sur les flots, le silence n’est jamais total, mais il est enveloppant. Nous n’avons finalement pas vu d’ours, mais le sort nous a offert des baleines, des lions de mer, des aigles à tête blanche, et une poignée d’instants suspendus à ne rien dire d’autre qu’“ah…” et “regarde !”.

Benjamin, lui, a repéré le premier souffle d’une baleine grise, comme s’il en avait fait son animal-totem. Il ne s’est pas trompé. Quant à Mélanie, elle a savouré chaque vague comme un écho de silence. Moi, j’ai regardé les visages plus que l’horizon : ils étaient exactement là où ils devaient être.

Notre nuit, nous l’avons passée dans une roulotte vintage des années 60-70, posée dans un parc en bordure du Pacific Rim. Mobilier rétro, Hot Tube, terrasse de bois, barbecue à gaz, brasero sous les étoiles… Loin d’un banal hébergement, c’était une immersion dans un autre temps, une parenthèse roulante au goût d’Amérique profonde.

Et comme si le scénario avait été écrit pour nous, le soleil a commencé sa descente sur l’océan. Assis sur le sable, face à l’infini, nous avons vu le ciel rougir, se poudrer d’or, puis sombrer dans l’encre violette. Benjamin ramassait des morceaux d’algues comme des trésors. Aucun mot n’était nécessaire. Le Pacifique parlait pour nous.

Demain, nous quittons l’île et prenons la route vers les Rocheuses. Le grand basculement s’amorce, vers les cimes, les neiges et les lacs. Mais ce coin de l’île, cette roulotte, ce coucher de soleil… resteront.

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